Après cinq années, notre projet en santé maternelle et néonatale dans la région de Brahmanbaria au Bangladesh, mené en collaboration avec l’organisation locale BRAC, s’est terminé. Ce projet, mis en œuvre entre 2019 et 2024, a bénéficié à environ 40’000 personnes et permis d’améliorer l’accès à des soins de qualité pour les femmes enceintes et les nouveau-nés, tout en renforçant la participation et la sensibilisation de la communauté sur les thématiques liées aux droits à la santé.
Le rapport de capitalisation rédigé par ThinkThrough Consulting revient sur les principales réussites, les défis rencontrés et les enseignements tirés du projet. L’étude a utilisé une approche combinant revue documentaire et entretiens avec professionnel·les de santé, responsables et membres de la communauté. Leur analyse met notamment en évidence un enjeu clé pour l’avenir : l’institutionnalisation de certaines pratiques et approches efficaces pour garantir la pérennité des activités et amplifier leur impact au sein du système national de santé.
Découvrons ensemble les points saillants de ce rapport et les leçons apprises de ce projet qui a contribué à transformer durablement la santé maternelle et néonatale au Bangladesh.
Télécharger le rapport completL’éducation à la santé maternelle, moteur du changement
L’éducation à la santé était un axe central du projet, notamment grâce à des actions de sensibilisation sur la santé maternelle et néonatale, les soins respectueux et les droits à la santé. Ces thématiques, encore peu connues de la population au Bangladesh ont été diffusées auprès de plus de 37 000 personnes grâce à des séances éducatives destinées aux femmes enceintes, des forums impliquant la communauté et des activités d’information menées dans les marchés, mosquées et salons de thé.
Ces interventions ont contribué à :
– une meilleure connaissance des bonnes pratiques prénatales
– une meilleure implication des familles dans le suivi de la grossesse
– une hausse du recours aux services de santé.
À la fin du projet, près de 93% des femmes vivant dans la région avaient conscience de l’importance de recevoir des soins prénataux.* En s’appuyant sur des approches participatives et adaptées à la culture, des changements de comportements durables se sont effectués au sein des communautés : 8 femmes sur 10 ont consulté des professionnels de santé pendant leur grossesse.*
Ces résultats montrent qu’un contact régulier et de proximité avec la population est essentiel pour instaurer la confiance et encourager le recours aux soins. En impliquant les hommes dans des espaces de discussion dédiés et en confiant l’animation des séances aux agentes de santé locales, le projet a aussi permis de lever progressivement les barrières culturelles autour de la santé maternelle et néonatale.
Asma Femme enceinte, Bangladesh
C’est ma belle-mère qui m’a dit de participer à des séances de sensibilisation à la santé pour les femmes enceintes. J’ai appris qu’il était important d’assister aux visites de soins prénataux dans les cliniques communautaires et qu’il ne fallait pas accoucher à la maison, car cela peut être risqué en cas de complications lors de l’accouchement.
Renforcer la qualité des soins par la formation des prestataires
Plus de 1’000 professionnel·les de santé ont été formé·es aux soins respectueux et aux droits à la santé, touchant ensuite indirectement des dizaines de milliers de familles grâce aux actions de sensibilisation menées auprès des familles. Ces formations à distance en ligne ou en présentiel ont transformé les pratiques du corps médical, renforcé la culture de soins respectueux et amélioré la qualité de l’accompagnement des patientes.
Les personnes formées incluaient à la fois des soignant·es directement en contact avec la population et des responsables gouvernementaux en santé. Ces interventions montrent qu’un renforcement ciblé des compétences des professionnel·les est un levier essentiel pour promouvoir des soins maternels de qualité et fondés sur les droits des patientes.
Il faut noter que la modalité en ligne de certaines formations sur le développement de la petite enfance, les soins respectueux et le droit à la santé peuvent compléter efficacement les formations traditionnelles. Les approches qui combinent apprentissage autonome et sessions interactives renforcent la compréhension des participant·es.
En s’appuyant sur les formations prévues et en ajoutant les thématiques sur le développement de la petite enfance, les soins respectueux et le droit à la santé, le projet a veillé à ce que ces concepts ne soient pas enseignés de manière isolée, mais dans le cadre du renforcement régulier des capacités. Ainsi, intégrer ces contenus dans la formation continue des professionnel·les est un moyen durable de renforcer la qualité des soins.
La communauté, actrice du changement
Pour renforcer la redevabilité et la qualité des services de santé, nous avons introduit des enquêtes de participation citoyenne, un outil novateur permettant à la population d’évaluer elle-même le fonctionnement des centres de santé. Grâce à 73 groupes d’action communautaire, les habitant·es ont pu présenter leurs avis sur les infrastructures, la disponibilité des médicaments ou le comportement du personnel de santé.
Ces échanges, menés en présence des autorités locales et du personnel soignant, ont permis d’identifier des problèmes concrets et d’y apporter des solutions concrètes – comme la l’amélioration de l’équipement des centres de santé ou l’amélioration de l’accueil des patient·es. Une autre leçon à retenir est l’importance de relier l’action communautaire au soutien des autorités locales. Le succès de cette intervention en matière de mobilisation des ressources s’explique par la participation active des dirigeants locaux ; par conséquent, les modèles futurs devraient toujours intégrer les autorités locales dans la boucle de rétroaction.
Durabilité : institutionnaliser pour pérenniser les progrès
Les leçons apprises du projet nous démontrent qu’une approche intégrée, participative et fondée sur le droit à la santé est essentielle pour transformer durablement la santé maternelle et néonatale au Bangladesh. Pour garantir que les progrès réalisés se pérennisent dans le temps, il est nécessaire d’intégrer ces pratiques dans le système national de santé, dans la mesure du possible.
L’institutionnalisation de ces approches – notamment les modules de formation et les séances d’éducation à la santé des communautés – garantirait non seulement la continuité des actions, mais aussi leurs bienfaits : des communautés mieux informées et mobilisées et une amélioration durable de la qualité des soins pour les mères et les nouveau-nés.
Sources
*Rapport – ‘Implementation of the World Health Organization’s Framework for Working with Individuals, Families, and Communities (IFC) to Improve Maternal and Newborn Health in Bangladesh’ – BRAC James P Grant School of Public Health, BRAC University