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Les pédagogies qui transforment des vies: retour sur une journée de réflexion

Yevheniia Domina

Le 4 juin dernier, Enfants du Monde et l’Université de Genève ont organisé une journée de réflexion intitulée « Quelle éducation pour changer le monde ? Regards historiques et contemporains ». Réunissant à Uni Mail et en ligne plus d’une centaine de participant·es issu·es du monde académique, des institutions et de la coopération internationale, l’événement a exploré une question centrale : comment construire des systèmes éducatifs plus inclusifs, équitables et adaptés aux réalités des apprenant·es ? À travers un colloque et une table ronde, les intervenant·es ont abordé des thèmes tels que les langues d’enseignement, l’inclusion, l’éducation en contexte de crise ou encore le vivre-ensemble. Retour sur une journée riche en échanges et en réflexions pour l’avenir de l’éducation.

 

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Un colloque pour explorer le rôle de Genève dans l’histoire des pédagogies

« L’éducation a toujours été un projet politique. Elle a parfois servi des projets de domination, mais elle a aussi constitué un puissant outil de libération, d’émancipation individuelle et collective et de lutte contre les inégalités. » Damiano Matasci, historien de l’éducation à l’Université de Genève.

Monsieur Matasci a rappelé que les débats sur la décolonisation de l’éducation, les langues d’enseignement ou encore l’adaptation des contenus pédagogiques aux réalités locales ne sont pas nouveaux. Ces questions, profondément ancrées dans l’histoire, continuent aujourd’hui de façonner les réflexions et les politiques éducatives.

L’héritage des pédagogies transformatrices

Le colloque a détaillé plusieurs expériences et héritages pédagogiques marquants. Nicolas Hafner (Graduate Institute) est revenu sur le rôle de l’Institut africain de Genève dans la formation des élites africaines au lendemain des indépendances.

Mélanie Toulhoat a quant à elle mis en lumière les années genevoises de Paulo Freire qui, réfugié au Conseil œcuménique des Églises dès 1971, y a fondé l’Institut d’action culturelle et poursuivi ses travaux sur l’alphabétisation des adultes et l’éducation émancipatrice.

Enfin, Bernard Schneuwly et Edivanda Mugrabi ont retracé l’histoire de la « pédagogie du texte », développée sur trois décennies dans plusieurs pays du Sud et qui a inspiré l’approche éducative d’Enfants du Monde jusque dans les années 2010.

Quelles pédagogies pour les plus marginalisé·es ?

« Aujourd’hui, face aux crises qui se succèdent et à l’accroissement des inégalités, le constat est sans appel : l’accès à l’école ne suffit pas. Pour que l’éducation soit un véritable moteur de justice sociale, elle doit être inclusive, transformatrice et adaptée aux réalités vécues par les élèves. »

Ces mots d’Alfonso Gomez, Conseiller administratif de la Ville de Genève, ont ouvert la table ronde, qui a réuni des personnalités issues de la recherche, du terrain, des institutions internationales et de la philanthropie. Il a souligné la nécessité de repenser les systèmes éducatifs afin qu’ils répondent davantage aux réalités vécues par les apprenant·es et contribuent à réduire les inégalités.

Une éducation adaptée aux réalités des élèves

 

« Dans une même salle de classe au Tchad, nous pouvons avoir jusqu’à dix langues différentes. Lorsque chaque enfant est libre d’exprimer une idée dans sa propre langue, quelque chose de remarquable se produit. » À travers ce témoignage, Rufine Sama, a illustré l’importance d’adapter les approches pédagogiques aux réalités des élèves. Son expérience montre que la prise en compte des langues locales favorise la participation, la confiance en soi et les apprentissages.

Cette attention portée aux besoins des apprenant·es, en particulier dans les contextes d’insécurité, est venue renforcer l’intervention de Béatrice Malebranche« Les approches favorisant le vivre-ensemble, la citoyenneté et la paix ne sont pas périphériques à l’éducation. Elles font pleinement partie d’une éducation de qualité et doivent être construites avant les crises, et non seulement en réaction à celles-ci. »

Ces deux interventions ont mis en lumière la nécessité de bâtir des systèmes éducatifs qui tiennent compte des réalités vécues par les élèves et favorisent l’inclusion.

L’importance de la co-construction

 

Albana Krasniqi Malaj, directrice de l’Université des cultures de Genève, a souligné la nécessité d’impliquer pleinement les personnes concernées dans les décisions qui les touchent : « Nous ne sommes pas dans une logique d’aide, mais dans une logique d’accompagnement. Les personnes que nous accueillons participent aux décisions, définissent leurs priorités et contribuent à construire les apprentissages qui répondent à leurs besoins. » 

Cette approche participative fait écho aux évolutions observées dans le domaine du financement de l’éducation. Éliane Proenca Matti, Partnerships Advisor à la Jacobs Foundation, a ainsi relevé le développement de partenariats entre différents acteurs : « La philanthropie va de plus en plus vers une collaboration entre philanthropie, public et privé. »

Ces deux interventions ont rappelé qu’une éducation plus inclusive et durable repose sur le dialogue, la collaboration et l’implication active de l’ensemble des parties prenantes.

 

 

 

Remerciements

Cet événement n’aurait pas vu le jour sans le soutien du Fonds national suisse (projet DEGESUD – Décentrer les sciences de l’enfance) et le travail archivistique des expert·es d’ArchiLab de la Haute école de gestion de Genève qui ont rendu possible l’accès aux archives historiques d’Enfants du Monde. Nous les remercions pour leur support.